L’année 1793, apogée de la Terreur, éprouve la Provence tout entière – mais à Alleins, la vague jacobine déferle moins violemment que dans les villes environnantes. Si le « Comité de surveillance » est bel et bien créé, s’il note et transmet des alertes sur les agissements royalistes, il fait montre d’un zèle prudent : le sang ne coule pas dans les rues du village, mais des arrestations ciblées touchent des suspects de « modérantisme » ou des anciens ennemis locaux.
Une anecdote illustre cette tension : lors de la fête de la Fédération, alors que la foule est enivrée par les chants et la liesse, un notable royaliste tente de saboter la cérémonie en cachant le drapeau tricolore. Découvert, il est « convaincu » de s’exiler temporairement dans un hameau isolé, subissant ainsi l’ingéniosité locale de la « punition douce ». Ces faits, retranscrits dans des témoignages oraux collectés lors des enquêtes départementales des années 1830, montrent que la violence politique trouve à Alleins ses limites dans le tissu villageois soudé.
Toutefois, la société révolutionnaire ne fait pas l’économie de conflits internes : une partie du village, restée attachée à certaines traditions, se heurte aux réformes anticléricales, la fermeture temporaire de chapelles ou la transformation des processions religieuses en fêtes laïques. La mémoire locale garde ces années comme celles d’une grande recomposition des identités.